Harmonia Mundi, la cinquantaine sans la crise
Par Benoît FAUCHET AFP - il y a 2 heures 30 minutesPARIS (AFP) - Fondé en 1958 par le très militant Bernard Coutaz, Harmonia Mundi, le plus important éditeur phonographique français spécialisé en musique classique, ne craint pas la crise de la cinquantaine et croit toujours en l'avenir du disque.
La maison basée à Arles (Bouches-du-Rhône) n'a pas attendu 2008 pour fêter son jubilé, cédant dès l'automne à la mode des coffrets à bas prix en écoulant une somme de cinquante "chefs-d'oeuvre" (30 CD, 40 euros) à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires.
Le 27 mars, Harmonia Mundi tirera une nouvelle salve de rééditions avec les premières parutions de sa collection "hmGold".
Le mélomane y trouvera des enregistrements qui ont marqué l'histoire d'un label très actif dans le répertoire ancien et baroque, avec les Belges Philippe Herreweghe et René Jacobs notamment, mais aussi en musique chorale ou de chambre.
Parallèlement, durant quatre semaines chaque dimanche dès le 16 mars, France Musique consacrera ses "Greniers de la mémoire" à cet anniversaire, en compagnie du fondateur de la maison, Bernard Coutaz, toujours vaillant à 85 ans.
En octobre 1958, c'est un journaliste engagé à gauche -- "je le suis toujours", dit-il -- qui lance, d'abord à Paris, sa maison de disque.
"Je ne supportais pas l'autorité des rédacteurs en chef. J'étais préparé pour le livre, mais comme je pensais que le microsillon était promis à un large développement, j'ai choisi le disque", explique Bernard Coutaz à l'AFP.
"Un peu bousculé" dans la capitale, l'entrepreneur trouve le calme dans le Luberon. C'est là qu'il lancera sa première collection (des enregistrements d'orgues historiques) et fera la rencontre du pionnier des contre-ténors modernes, l'Anglais Alfred Deller, fidèle au label jusqu'à sa mort en 1979.
Harmonia Mundi s'installera dans un mas arlésien en 1986. "J'avais promis 30 emplois. En 2008, on est 138 à Arles, 260 en France, 320 dans le monde", égrène avec fierté Bernard Coutaz, à la tête d'un groupe qui s'assume multinational mais demeure indépendant, et se targue en France de faire jeu égal au rayon classique avec EMI derrière Universal, soit deux majors.
"J'ai montré qu'une telle société pouvait vivre et se développer, même dans un marché qui se casse la gueule de 45% en cinq ans", souligne le PDG, qui affiche deux à trois millions d'euros de résultat net sur un chiffre d'affaires de 60 M EUR.
Comment ? D'abord grâce à un catalogue "qui a évolué en suivant les artistes, leurs désirs, plutôt qu'en les précédant". Ensuite, en réinvestissant les bénéfices dans la production, après en avoir distribué 20% au personnel.
Du coup, Bernard Coutaz peut se permettre de ne pas foncer tête baissée dans les ventes numériques, improbable eldorado devant lequel il est "sans illusion".
"Le téléchargement pour le classique doit représenter 3% des ventes. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des extraterrestres avec des grandes oreilles, mais avons des yeux et des mains qui ont envie de voir, de toucher et de posséder", fait-il valoir.
Selon lui, la crise n'est donc pas celle du support (le CD) mais de la distribution, à l'heure où les magasins spécialisés ferment les uns après les autres sous la poussée des grandes enseignes et de l'absence de prix unique.
D'où l'idée de lancer ses propres boutiques, désormais au nombre de 44 en France et de 3 en Espagne.
"Et ça marche", relève Bernard Coutaz, qui dit "ne pas croire au miracle, mais à l'obstination et à la continuité".

